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lundi 19 février 2018

Conte: Compère Bouc et compère Lapin (Partie V)

CONTE: COMPÈRE BOUC ET COMPÈRE LAPIN (PARTIE V)


V. Le dernier tour que compère Lapin joua à compère Bouc  

« Te pardonner ? S’écrie le Bouc, mon compère,
Tu es pris et tu veux que je te libère
Alors que tu m’as bien joué ! Jamais, pardieu ! »
« Mais tu m’as bien joué toi aussi, mon vieux,
Dit compère Lapin avec grande faiblesse.
Laisse-moi vivre, et moi tranquille je te laisse. »
« Jamais ! » s’écrie le Bouc devenu sans pitié,
Et le cœur soudain plein de noire inimitié,
Il va au bois, ramasse un tas de branches sèches,
Allume un énorme feu sans avoir de mèche
Et va chercher l’autre compère tout tremblant
Pour le brûler vivant. Toutefois en y allant
Il rencontre sa fille, appelée Bélédie.
« Oh papa, n’en fais pas toute une tragédie !
Lui dit-elle, lâche donc ce fardeau brûlant
Et jette ce vilain Lapin fort succulent
Dans les ronces, puis viens avec moi pour qu’on mange. »
« J’avoue que ce fardeau me pèse et me dérange,
Répond le Bouc, chère fille, tu as raison !
Jetons-le, mangeons et rentrons à la maison. »
« Ah ! Bouc, mon cher ami, non ! je t’en conjure,
Jette-moi dans le feu, plutôt ! sa torture
M’est cent fois plus douce ! De ces ronces j’ai peur,
Elles vont déchirer ma peau, mes yeux, mon cœur !
S’écrie le Lapin, Ah non ! S’il faut que je meure,
Laisse-moi, Bouc, choisir ma dernière demeure ! »
Le Bouc rit aux éclats : « Ha ! Ha ! Petit malin !
Tu as peur des ronces, alors, mon cher Lapin ?
Moi je te je te jetterai dedans ! » Et il l’y jette.
« Kiak ! kiak ! kiak ! ricane le Lapin, tu es bête !
Maman m’a fait naître, Bouc, dans le même lit ! »
Le Bouc est si furieux que son front en pâlit,
Mais compère Lapin est loin de sa vengeance.
Longue barbe est parfois petite intelligence.

[FIN DU CONTE: COMPÈRE BOUC ET COMPÈRE LAPIN]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 18 février 2018

Conte: Compère Bouc et compère Lapin (Partie IV)

CONTE: COMPÈRE BOUC ET COMPÈRE LAPIN (PARTIE iv)


IV. Comment compère Lapin fut pris au piège

Compère Lapin, fort fâché, crie dans la nuit :
« Arrête, petite, de fixer ce puits !
Ou je vais te flanquer sur le nez, tout de suite. »
Elle reste muette et ne prend pas la fuite,
Mais semble sourire au contraire. Le Lapin,
Courroucé à cause de son sourire hautain,
Pour la lui envoyer lève la main droite.
Pan ! Mais sa main, restée collée, devient moite.
« Noir démon ! s’écrie-t-il, il me reste une main
Et je vais t’assommer sur tes yeux de vilain. »
Bin ! Mais une autre fois, la poupée reste coite.
Un coup de pied vient : boum ! un autre coup de patte :
Tam ! un coup de tête : Vlan ! « Vas-tu me lâcher ! »
S’écrie notre lapin, alarmé et fâché,
Haletant, fatigué, vaincu et l’air bête,
Et ne pouvant bouger ses membres ou sa tête.
Le soleil se lève. Le Lapin, affolé
Et à l’impassible poupée toujours collé,
Se débat, mais en vain, contre son adversaire.
Le Bouc se rend au bord du puits, et dans les serres
De la poupée, il voit l’autre compère pris.
Alors à pleins poumons de ce spectacle il rit,
Et dit à son voisin : « Hé ! hé ! elle est tenace !
Alors, petit coquin, grand coquin, coquinasse,
Que fais-tu dans les bras de cette beauté-là ? »
Le lapin murmure, de cette farce las :
« Compère Bouc, tu as gagné...maintenant sans rage,
Au nom des éternels liens du voisinage,
Au nom de l’amitié qui existe entre nous,
Libère-moi, je t’en supplie, Bouc, à genoux. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 17 février 2018

Conte: Compère Bouc et compère Lapin (Partie III)

CONTE: COMPÈRE BOUC ET COMPÈRE LAPIN (PARTIE IiI)


III. Ce que fit compère Bouc pour se venger de compère Lapin

Compère Bouc cherche ses outils avec fièvre
Et en bois de laurier, le sourire aux lèvres,
Fait une grossière poupée ; puis il se met
A la goudronner de haut en bas, désormais
Aussi noire que la nuit ou une négresse.
Il attend ensuite le soir avec paresse
Et aussitôt qu’il voit les lueurs de la nuit,
Va planter sa sombre poupée au ras d’un puits
Et se cache derrière un buisson qui le voile.
La nuit était fort belle et emplie d’étoiles,
La lune se levait de son léger sommeil,
Berçant, pour qu’il dormît, le vigoureux soleil.
Compère Lapin vient chercher de l’eau fraîche,
Son baquet à la main et la gorge sèche ;
De peur d’être surpris par quelque bête, il est
Tout frémissant, mais la nuit étoilée lui plaît
Et il contemple avec bonheur ses sombres grâces
Et la belle lune que le ciel embrasse,
En prenant soin, toutefois, d’éviter les humains,
S’il y en a, et tous les hasards de son chemin.
Il arrive enfin au puits. Grande est sa surprise
En voyant la poupée que caresse la brise.
Il demeure interdit. « Bonsoir », dit-il. Mais rien
Ne lui répond. Alors il reprend : « Je viens
Chercher de l’eau, l’amie. » Mais la dame noire
Ne répond pas. Il crie encore, s’effare,
Se recule, avance, va au puits, et dans l’eau
Voit la poupée qui contemple les calmes flots
Fixement, comme si elle cherchait dans l’onde
Sa pièce d’or, avec une attention profonde.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 15 février 2018

Conte: Compère Bouc et compère Lapin (Partie II)

CONTE: COMPÈRE BOUC ET COMPÈRE LAPIN (PARTIE iI)



II. Le tour que compère Lapin joua à compère Bouc

« J’ai une idée, reprit compère Bouc ; mon cher,
Auprès du peuplier dont la cime fend l’air
Viens, et nous creuserons un puits ensemble. »
Le Lapin répondit : « Bonne idée, il me semble,
Car je n’ai point de cave, hélas, et ne bois pas,
Car je n’ai jamais soif, pendant mes courts repas.
Mais j’ai une meilleure idée : j’ai l’habitude,
A l’aube naissante, dans la solitude,
De boire la rosée au calice des fleurs,
Cependant, quand le jour vient avec sa chaleur,
Je bois d’habitude dans la piste des vaches. »
En vérité, ce que notre Lapin cache
Est qu’il veut se venger de son voisin hautain.
« Je ne puis attendre, mon cher, jusqu’au matin,
Et je vais maintenant, dit l’autre compère,
Creuser mon puits. » « Eh bien ! Dans ce cas j’espère
Que tu trouveras de l’eau. » « Merci, Lapin, bonsoir ! »
« Bonsoir ! et j’espère bientôt te revoir. »
Et le Bouc s’en alla, le gosier en flamme,
Au pied du peuplier aussi haut qu’une âme
Creuser son puits, vite fait, et dont l’eau jaillit
Et limpide et fraîche, joyeusement l’assaillit.
Le bouc avec bonheur alors se désaltère.
« Comme tu es naïf, Bouc, en creusant la terre !
S’écria le Lapin après l’avoir suivi,
Du mauvais tour qu’il lui avait joué ravi.
Sache que j’ai de l’eau chez moi, qu’elle est bien fraîche,
Et que ma gorge, quant à moi, n’est pas sèche. »
Compère Bouc était bien fâché : « Tu vas voir,
Se dit-il, je ferai, moi aussi, mon devoir. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 14 février 2018

Conte: Compère Bouc et compère Lapin (Partie I)

CONTE: compère bouc et compère lapin (partie i)

I. Ce que compère Bouc faisait à compère Lapin, et ce que ce dernier fit

Quand tout pouvait parler et avait une âme,
Quand les roses avaient une voix de femme,
Jadis, à l’heureux temps des fées et des lutins,
Vivaient compère Bouc et compère Lapin
Qui habitaient tous deux dans la même plaine.
Fier de ses cornes et de sa barbe pleine,
Compère Bouc jouait les plus pendables tours
A son pauvre voisin qu’il dupait tous les jours :
« Gare à maître Renard ! cache-toi, il arrive ! »
Et le Lapin fuyait d’une façon naïve.
« Voici maître le Loup ! il vient te dévorer. »
Et compère Lapin tremblait et s’effarait.
« Voici maître le Tigre ! il a faim et gronde. »
Et sa terreur était mortelle et profonde.
Las de tant de farces, le Lapin réfléchit :
« J’inviterai le Bouc à dîner, il se dit,
Il sera mon ami s’il est content et mange,
Et je vais tout faire pour que le Bouc change,
Car il faut régaler parfois les vilains,
Et l’on est moins méchant avec le ventre plein. »
Ainsi fut fait. Le Bouc vint, la bouche contente.
Les meilleurs plats furent servis sans attente,
Compère Bouc mangea, mangea et lécha l’herbe
Tant il fut satisfait de son voisin imberbe.
Quel banquet ! quel régal ! après qu’il eut mangé,
Convaincu, maintenant, qu’il en serait changé,
Le Lapin demande au Bouc avec un sourire :
« Alors, es-tu content ? » « Et comment, noble sire !
Lui répondit le Bouc, mais ces mets délicieux
M’ont donné soif, et je me sentirais bien mieux
Si je buvais un peu d’eau bien limpide et fraîche,
Car quand on mange ainsi on a la gorge sèche. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 12 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie V)

CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT SE VENGER DE L'HOMME (PARTIE V)


V. La quatrième rencontre, après laquelle le lion rencontra l’homme

Le lion voit devant lui une masse énorme
Qui marche pesamment, colossale et difforme.
Il se retient pour ne pousser un grand cri.
Les pieds de ce géant comme lui sont tout gris,
C’étaient des colonnes montant jusqu’aux étoiles !
Ses vastes oreilles ressemblaient à deux voiles,
Son nez à un arbre de branches dépouillé.
« Voilà donc l’homme ! dit le lion émerveillé,
Maintenant il faut combattre et il faut être brave. »
Il s’avance : « Homme dont tout est l’esclave !
S’écrie-t-il, meurtrier vil de mes deux parents !
Je vais te combattre et te maudire en mourant !
Luttons jusqu’à la mort. » « Brave lion, tu te trompes.
Je ne suis point l’homme, non ! avec ma trompe
Et mes grosses pattes, j’amuse ses enfants,
Alors qu’à ses côtés autrefois triomphant,
Je partais avec lui aux champs de bataille. »
« Toi aussi, tu le sers ! Ah, le destin me raille !
Je sais qu’il est puissant, que je suis en danger,
Mais j’ai promis à ma mère de la venger
Et ne serai jamais un lâche parjure. »
« Tu es la plus noble, lion, des créatures,
Digne d’être le roi de tous les animaux.
Il te craint plus que moi et plus que le chameau,
Va donc le combattre et que Dieu te bénisse,
Je vais prier, ce soir, pour que tu réussisses. »
Le lion poursuit sa route, à son grand combat prêt,
Quand il voit tout à coup, sortant d’une forêt,
Un pauvre être chétif, pâle comme un malade,
Et qu’il prend en pitié, le croyant bien maussade.
Il lui demande avec douceur, sans l’effrayer :
« Sais-tu où est l’homme ? car je vais essayer
De le tuer, afin de venger mère et père. »
« Oui, je le sais, répond le frêle être, et j’espère
Que tu le combattras et tu seras vainqueur,
Oui, je l’espère, grand lion, et de tout mon cœur !
Car je souffre comme toi de ses injustices
Et il m’a fait faire tant de sacrifices !
Mais avant, aide-moi, ô grand lion, s’il te plaît,
A fendre ce tronc d’arbre, et je suis ton valet. »
Le lion introduit ses pattes dans la fente
Formée par un coin très enfoncé. Sans attente,
Un coup de hache le fait sauter, et le lion
Est piégé comme un ver dans un vaste sillon.
« Je suis l’homme ! s’écrie alors le petit être,
Avec Dieu du monde tremblant je suis le maître !
Tu voulais me tuer ? Tu es entre mes mains,
Imbécile qui vient pour braver les humains ! »
Et méchamment, avec un rire de tempête,
L’homme avec sa hache lui fend bientôt la tête. 

[FIN DU CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT DE VENGER DE L'HOMME]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 10 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie IV)

CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT SE VENGER DE L'HOMME (PARTIE iv)


IV. La troisième rencontre

Épouvanté, le lion continue cependant
Sa marche éternelle, flairant et attendant,
Et s’arrête soudain, comme en voyant le diable, 
Devant un colosse sombre et formidable
Portant deux grandes tours sur son immense dos.
« Qu’est-ce que ce géant qui porte des fardeaux ?
Se demande le lion, ma fin est imminente !
Mais si elle me tue, la bête surprenante,
J’aurais tenté, au moins, de venger mes parents. »
D’une voix tremblante à ce monstre effarant
Le lion demande : « Es-tu l’homme ? C’est toi, sans doute ! »
« L’homme ? s’écrie la bête, évite sa route,
Ne marche pas dans le même sentier que lui
Et si tu le trouves ne te bats pas et fuis !
Je suis son serviteur. Ce monstre m’humilie,
Je m’incline devant lui quand il vient, et plie
Mes genoux pour porter sa femme et ses enfants
Et même la maison de ce dieu triomphant !
Je parcours le désert quand il me l’ordonne
Et, fidèle, jamais je ne l’abandonne,
Je brave la tempête et les grands ouragans
Pour l’homme volage, ce seigneur arrogant
Qui maintes fois oublie de me donner à boire. »
L’âme de notre lion s’emplit d’une peur noire ;
« L’homme est bien terrifiant et fort, en vérité !
Se dit-il, de me voir il sera irrité,
Mais je ne serai point un jour son esclave,
Allons, s’il faut mourir, alors mourons en brave ! »
Et le lion continue devant lui à marcher
Et en craignant l’homme veut toujours le chercher. 

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 9 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie III)

CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT SE VENGER DE L'HOMME (PARTIE IiI)


III. La deuxième rencontre que le lion fit dans la forêt

La majestueuse et puissante bête
Répond, sans avoir peur, au lion qui l’arrête :
« Non, lion, je ne suis pas l’homme, mais je le sers. »
« Comment ! s’écrie le lion, il t’accable de fers !
Est-il aussi puissant que toi et aussi brave ? »
« L’homme est mon maître et moi je suis son esclave,
Pour que je sois soumis et aussi moins ardent,
Avec un morceau de fer il brise mes dents ;
Pour que je ne sois pas à son confort rebelle,
Il ploie mon dos avec une lourde selle ;
Dans mes pieds fatigués il enfonce des clous
Pour que je sois aussi rapide que les loups.
Hélas, je ne suis point l’homme que tu cherches ! »
« Où puis-je le trouver ? » « Devant toi toujours marche
Et tu le trouveras, où il va te trouver !
Sauve-moi, alors, ou essaie de te sauver. »
Le lion rugit. Toute la nuit il voyage
Et rêve de combats et de grands ravages.
A l’aube, il aperçoit un être menaçant,
Brandissant deux cornes sur sa tête, passant
Tranquillement devant lui, sûr de sa force,
Sans trembler, pareil à la robuste écorce
Qui ne tressaille point de l’orage rampeur.
Pour la première fois de sa vie il a peur,
Songe d’abord à fuir, puis reprend courage,
A la grande bête qui lui fait ombrage
Demandant : « Serais-tu l’homme ? » « Ah ! Malheureux !
S’écrie la bête, quel nom sinistre et affreux
Viens-tu de prononcer ! Non, je ne suis pas l’homme,
Mais c’est ainsi que dans ce monde horrible on nomme
Celui qui est mon pire ennemi, et dont je suis
La propriété, que dans ses champs je suis
Pour les labourer, qui n’hésite pas à prendre
Le lait de mes enfants sans songer à les rendre,
Car ils deviennent aussi en grandissant son bien.
L’homme ! il est inhumain et croit que tout est sien !
En plus de ses fardeaux, en plus de ses sillons,
Ce barbare me pique avec un aiguillon,
Et quand je vieillis, il me tue et me mange
Et de mes cornes fait des jouets étranges
En se couvrant les pieds de ma bien chaude peau.
Tu cherches l’homme, ô lion ? C’est le sombre suppôt
Du diable ! Que dis-je ? c’est le diable lui-même !
Fuis-le, insensé ! » Et le lion devient blême.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène