jeudi 23 mars 2017

Le Toit paternel

LE toit paternel

Louis Janmot, Le Toit paternel (1854)

Ô bienheureux et chaleureux toit
D’une mère aimante et d’un doux père,
Mon cœur d'exilé se souvient de toi,
Te chérit, te revoit et t’espère !

Dans le vaste désert de mon esprit,
Tu reluis tel un radieux mirage,
Et ton souvenir lointain me sourit
Beauté qui m’attend sous les orages,

Toit mélancolique, profond et beau
Qui me rappelle mes jeunes années
Et qui tient à la main un flambeau
Pour me montrer toutes ses fleurs fanées.

Il n’est rien de plus charmant ici-bas
Que ce toit qui dit de douces choses
Sous lequel s’endort un grand-père las 
Et jouent de frêles enfants aux joues roses,

Ce toit qui se souvient, auguste et vieux,
De ce que nous murmurons dans l’ombre,
Empli d’étoiles comme les cieux,
Port qui attend tous les marins sombres

Mais est plus loin que le pôle glacé,
Plus loin que les colonnes d’Hercule,
Appelant nos vaisseaux par le vent lassés
Qui errent dans l’éternel crépuscule.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 22 mars 2017

Le Mauvais Sentier

LE MAuvais sentier

Louis Janmot, Le Mauvais Sentier (1854)

Où allez-vous ainsi en rêvant et en tremblant,
Gravissant l’escalier de votre destinée ?
Revenez à votre nid bien chaud, oiseaux blancs,
Tout empli de branches pour vos jeunes années !

Les deux enfants s’en vont dans la vaste clarté
Sous les sombres regards de leurs professeurs graves,
Pareils à des statues raillant la liberté
Et les jeunes rêves de ces petits braves,

Comme Neptune armé de son trident doré
Ils tiennent, menaçants, leurs sinistres baguettes,
Et tiennent à l’autre main les pensums abhorrés,
Personnifications du Danger qui guette,

Une vieille femme, peut-être la maman,
Contemple l’ascension de ces âmes errantes
Cherchant quelque chose dans le bleu firmament
De nouveaux soleils et des fleurs différentes,

Reliques de la Mort dans l’autel du Destin,
Des squelettes, cachés dans l’ombre derrière elle,
Rappellent que les vers attendent leurs festins,
Que la vie est une chose éphémère et frêle,

Un hibou attentif, sur un arbre rassis,
Imite les sages, profond et taciturne,
Pareil aux monarques sur leurs trônes assis,
Et pour s’envoler loin attend l’heure nocturne.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 21 mars 2017

Le mal de Phèdre

LE mal de phèdre

Alexandre Cabanel, Phèdre (1880)

Ne trouvant nul repos, songeant à son délit,
Tourmentée par Vénus, s’agitant dans son lit
Qui lui semble comme son cœur plein de flamme,
Phèdre gémit, portant le fardeau de son âme.

L’infidèle Thésée fait la cour en enfer,
Et elle est accablée de mille pesants fers,
Amoureuse de son beau-fils, Hippolyte,
Maudissant sans répit sa famille maudite.
Les deux seins nus, blême d’amour et de chaleur,
Cherchant dans les murs la cause de son malheur,
Voyant de Cupidon reluire les flèches,
Garnement meurtrier, la gorge plus sèche
Qu’un infini désert fatal aux voyageurs.
Il pleut de la sueur de son beau front songeur,
Ce ciel de la pensée qu’opprime l’orage, 
Elle perdra la vie mais non le courage,
De funestes desseins emplissent son esprit
Il faut qu’il périsse si Phèdre un jour périt !
Puisque Diane et Vénus sont liguées contre elle,
Avant que de mourir elle sera cruelle
Et elle vengera la peine de son cœur 
Et, vaincue, occira son farouche vainqueur. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 20 mars 2017

Le Supplice de Mézence

Le supplice de mézence

Louis Janmot, Le Supplice de Mézence (1864)

Le jeune condamné, lié à une morte,
Fardeau nauséabond qu’il abhorre et porte,
Marche dans le désert, tandis que sur lui pleut
Le pus tombant du ciel de ce cadavre bleu.
Châtié par le tyran qui rêve, Mézence,
Dont le monde maudit le nom et la présence,
De la morte il tremble comme d’un froid hiver
En songeant que bientôt les mêmes affreux vers
Rongeront leurs deux peaux, la roide et la vivante !
Le banni contemple, le cœur plein d’épouvante,
Cette charogne errante aux limpides cheveux.
Il a faim, il a soif ; « Mange-la si tu veux. »,
Lui dit le noir tyran, « et bois ses cicatrices »,
Et se mit à songer, content de son caprice, 
Cœur féroce qui n’a point connu le remords.

Le condamné n’attend qu’une chose : la mort.
Or elle tarde à venir et de son sort s’amuse
Et bénit le cruel Mézence, sa muse,
Qui fait passer Néron pour un enfant de chœur
Et comme une amante fait tressaillir son cœur ;
La morte et le vivant, tous les deux anémiques,
Marchent dans le désert, effrayants et comiques. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène   

dimanche 19 mars 2017

La Mort de Messaline

LA mort de messaline

François Victor Eloi Biennourry, La Mort de Messaline (1850)

Pâle et accablée d’injures,
Sombre victime de l’Amour,
Messaline, belle et impure,
Se souvient de ses radieux jours.

Caressant les bêtes errantes,
Consumée par mille chaleurs,
La courtisane chavirante
Allait enivrée par les fleurs,

Assaillie par toutes les flèches
De Cupidon toujours vainqueur,
La gorge éternellement sèche
En entendant battre son cœur !

Les lèvres roses et tremblantes,
Elle embrassait ses propres mains
Marchant dans les vapeurs troublantes
Et le brouillard des vins romains,

Par tous les vents d’amour brisée,
Raillant comme les conquérants
Claude à la vigueur épuisée
Et dans l’ombre de Rome errant !

Pour la frapper avec son glaive
Le soldat impassible attend
L’ordre, et Messaline rêve,
Courroucée et le cœur content. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 18 mars 2017

La Rencontre

la rencontre

Dante Gabriel Rossetti, Comment ils se sont rencontrés (1851-1860)

Deux amoureux, cachés dans la sombre forêt,
Ont rencontré deux eux-mêmes sans être prêts.

Chose terrifiante lorsque l’Homme blême
Au fond de l’abîme se contemple lui-même,
Et voit soudain dans l’air, qui est un miroir,
De sa propre image le vague reflet noir,
Narcisse se mirant dans les sources troubles !
La Mort, c’est le même, c’est l’effrayant double,
Et c’est notre propre spectre qui nous poursuit
Et qu’on voit imprimé sur sa faux qui reluit,
C’est l’âpre symétrie, lugubre et monotone,
C’est l’hiver sur l’hiver, l’automne sur l’automne,
C’est après la même nuit le même soleil
Et c’est le temps qui passe, à lui-même pareil ! 
Le sourd rugissement de l’énorme pendule 
Réveille de leur lourd sommeil les incrédules,
Leur rappelant leur sort, le moment inconnu
Caché dans ses savants battements continus,
Car c’est pour nous, pendus, que la pendule hurle !
A chaque vain moment notre néant nous parle !

De leurs alter egos spectraux et inhumains,
De cette rapière que tient la même main,
De ce haillon de pain tombé d’une étoile,  
Les deux amants tremblent, captifs de la toile
Tissée par l’araignée hideuse de l’amour,
Perdus dans l’éternel soir et rêvant du jour.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 17 mars 2017

Après la Titanomachie

après la titanomachie 

Cornelis van Haarlem, La Chute des Titans (1588)

Le combat fut terrible, et le monde
Remua tout entier comme une onde,
Ébranlé par les chocs et tressaillant
A chaque coup des divins assaillants. 
Le foudre, le trident et la kunée 
Reluisirent, l’armée infortunée
Des Titans tomba avec un grand bruit,
Dans l’abîme béant, comme un lourd fruit
De l’arbre du firmament qui chancelle.

Les Olympiens sont les étincelles,
Eux, sans les feux de la création,
C’est eux qui sont dignes d’adoration
Et dont la Nature fut le temple,
Farouches divinités dont tout tremble
Vaincues par l’éternelle inimitié 
D’une sombre jeunesse sans pitié ! 
Dans les immensités primordiales
Qu’ils ont créées, jadis cordiales,
Ils tombent en grondant et en maudissant 
Zeus et tout son sang, fauves impuissants,
Captifs du gouffre immense et des Ténèbres,
Fers qui leur écrasent les vertèbres
S’enroulant éternellement autour d’eux
Comme des serpents mortels et hideux. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdene

jeudi 16 mars 2017

Télémaque et Eucharis

télémaque et eucharis

Raymond Auguste Quinsac Monvoisin, Télémaque et Eucharis (1824)

Eucharis, éplorée et charmante,
Dans l’ombre gémit et se lamente
En voyant Télémaque avec lenteur
S’envoler comme une sombre senteur.

Parti d’Ithaque chercher son père,
Il sillonne le monde et l’espère
Comme Eucharis espère son amant ;
Dans maintes mers et sous maints firmaments
Il a cherché Ulysse, doux et brave,
Des autres pères voyant les épaves
En tremblant des monstres et des écueils
Et de voir en grandes lettres le Deuil
Qu’écrit la mer, cette sinistre encre,
Partout où il jetait sa lourde ancre ! 

Eucharis sait qu’il ne reviendra pas
Et qu’il ira, même après le trépas,
Dans la barque de Charon, parmi les mânes,
Chercher Ulysse, et pleure comme Ariane,
Tandis que pour l’empêcher de revoir 
Ses yeux, son tuteur, qui est le Devoir,
Lui tient la main comme à un garçon frêle
Et éloigne Télémaque d’elle.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène