samedi 22 avril 2017

Conte: Ivan (Partie VI)

CONTE: IVAN (PARTIE Vi)


VI. Ivan régnant sur le jardin du roi, puis sur son Royaume

Ivan fut devant le roi. En l’interrogeant
Il lui sembla honnête et bien intelligent,
Et sûr de sa vertu et de sa vaillance,
De son beau jardin lui confia la surveillance.
La belle fille du roi un jour vint le voir,
Lui demandant des fleurs. Il s’en fait un devoir,
Se hâte d’en cueillir pour sa douce voisine
Et se déchire le bras à une épine.
La jeune fille, émue en voyant son sang choir,
Le panse sans tarder avec son blanc mouchoir
Et galamment Ivan lui dit : « Mademoiselle,
Je cueillerais pour vous avec le même zèle
Si vous le commandez, les fleurs de l’univers,
Et les chercherais dans les neiges de l’hiver. »

Des jours après, la guerre éclate, terrible,
D’une armée puissante la ville est la cible,
Pour prouver sa valeur Ivan, qui sait manier
Les armes, s’emparant du tronc d’un citronnier,
En fait une massue. Il va et appelle
Viernui qui arrive, toujours prompt et fidèle ;
Ivan charge, donne mille coups prodigieux,
Enlève une épée et un casque d’or radieux,
Combat si ardemment, avec tant de courage,
Que l’armée se retire en tremblant de sa rage.
« De vous marier à ce héros si valeureux,
Qu’il soit prince ou soldat, je serais bien heureux ! »
Dit le roi à sa fille, ébloui. Le jeune homme,
Caché, qui n’a point dit comment il se nomme,
Entend ces paroles, et en est bien flatté.
Or la guerre a une deuxième fois éclaté,
Plus terrible encore. Avec plus de valeur
Ivan combat ; l’ennemi, en voyant son malheur,
Vient implorer la paix qu’il jure éternelle.
Voulant fêter cette victoire solennelle,
Le bon roi invite le mystérieux guerrier
A son palais, pour le couvrir d’autres lauriers.
De son casque il ôte devant lui la visière ;
Quelle surprise ! C’est Ivan ! Sans prières,
Le roi lui donne sa fille, qui y consent. 
Il devint à sa mort un souverain puissant
Qui remplit la terre de ses bienfaits augustes,
Aimé de ses sujets, toujours bon et juste.

[FIN DU CONTE: IVAN]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 21 avril 2017

Conte: Ivan (Partie V)

CONTE: IVAN (PARTIE V)




V. Comment Ivan et son cheval se sauvèrent, et ce qui arriva ensuite à Ivan

Quand tout fut fait, le bon cheval partit si vite
Avec une vigueur que sa prison irrite,
Qu’à son maître même il eût pu être fatal,
Enfonçant bruyamment la porte de cristal.
Le roi vint, tout à coup, avec toute sa garde,
Sur son grand destrier ténébreux, qui darde
La flamme et la tempête, et dont le hennissement
Est si formidable qu’il semble un rugissement.
« Jetez derrière un gant » ; comme dans un rêve,
Une sombre forêt soudain se lève,
A tous leurs assaillants cachant dans sa nuit
Ivan qui tremble et son bon cheval Viernui.
Mais leurs adversaires s’acharnent à les suivre ;
« Jetez derrière vous la brosse » ; un mur de givre
Apparaît, immense. Les assaillants lointains,
Ivan et son cheval arrivent, le matin,
A un autre royaume, et dans une prairie
Magnifique, à l’abri de leur sombre furie,
Ivan arrête son cheval las de courir
Et lui dit : « Repose-toi ici sans souffrir,
Tu l’as bien mérité, mon compagnon fidèle.
Je sifflerai et tu viendras si je t’appelle. »
Il trouve un beau jardin empli de pesants fruits,
N’étant pas encore de son mystère instruit
Et étant affamé, il cueille une pomme.
Aussitôt Ivan voit surgir beaucoup d’hommes,
Attaché aux rameaux du pommier, un fil d’or
Ayant fait résonner une cloche qui dort.
Les gardiens s’emparent de lui et le conduisent
Devant leur puissant roi dont les diamants reluisent.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 20 avril 2017

Conte: Ivan (Partie IV)

CONTE: IVAN (PARTIE iv)


IV. Ivan trouvant enfin son cheval, et ce qu’il devait faire pour le sauver

Ivan marcha longtemps, avec persévérance
Recherchant son cheval et suivant l’errance
Du faucon qui passa, rapide et silencieux,
Au-dessus de maintes terres et dans cent cieux.
Le garçon arriva enfin à la ville. 
Son cheval, enchaîné par une engeance vile,
Hennit en le voyant et il cassa ses fers,
Mais fut ressaisi. Tel un damné en enfer,
On l’enchaîna entre quatre grandes murailles.
Ivan, prêt à livrer toutes les batailles,
Entre dans la ville ; on l’arrête et le conduit
Devant le roi, qui de son intrusion instruit
Lui demande : « Quel est donc ton nom, jeune homme ? »
« Je ne sais pas, seigneur, de quel nom on me nomme. »
« D’où viens-tu ? Que fais-tu ici ? » « Je ne sais pas. »
Il répond ainsi à toutes les questions. Las, 
Le roi est irrité de son insolence
Et pense à le punir, puis après un silence,
Le trouvant bien niais, en fait son serviteur.
« Ce jeune homme est bête, ce n’est point un voleur. »
Se dit-il, et confie à Ivan la tâche
De garder ses trésors qu’aux voleurs il cache.
Il lui remet sept clefs, avec la permission
D’entrer dans six chambres, mais aussi la mission
De garder la septième éternellement fermée.
S’en approchant un jour, Ivan, l’âme alarmée,
Croit entendre un cheval douloureusement hennir.
C’est peut-être Viernui ! En l’entendant venir,
Le malheureux cheval hennit de plus belle.
C’est lui, sans doute ! A tous les ordres rebelle,
Son maître ouvre la porte et trouve son cheval
Enchaîné lourdement à un pilier fatal. 
Il ne peut s’empêcher de verser mille larmes.
Viernui lui dit : « L’heure n’est point aux alarmes ;
Je vous ai sauvé deux fois d’une affreuse mort,
Maintenant c’est à vous, et vous voyez mon sort.
Pour que ma liberté me soit enfin rendue,
Avec les grandes clefs au pilier suspendues
Ouvrez mes chaînes et fuyons ces brigands ;
Prenez cette brosse et prenez aussi ce gant. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 19 avril 2017

Conte: Ivan (Partie III)

CONTE: IVAN (PARTIE iII)


III. Ce qui arriva à Ivan en voulant aider une veille femme, et ce qu’il advint de son cheval

Loin de la ville où tout à mourir le hasarde,
Ivan rencontre une vieille femme en hardes,
Ecrasée par une charrette emplie de foin,
Décharnée et d’aide semblant avoir besoin.
Il descend de cheval et lui dit : « Grand-mère,
Laissez-moi vous aider. », et comme une chimère
Relève la charrette, une sombre illusion.
L’affreuse vieille lui dit avec dérision,
Au lieu de remercier son sauveur : « Dans mon piège
Tu es tombé ! Je suis celle qui assiège
Le monde, et tout ici-bas est à ma merci !
Contre toute pitié mon cœur est endurci,
Je suis la Mort, humain, l’ennemie des familles. »
Et elle tue Ivan d’un grand coup de faucille.
Le cheval, ne pouvant rien faire, s’enfuit.
L’âme du bon Ivan montait dans la nuit
Pour aller rejoindre les demeures fatales ;
Tenant une grande fiole d’eau vitale
Entre ses serres, un faucon qui voyageait
Voyait cette jeune âme et son sort l’affligeait.
Sur le corps d’Ivan il verse un peu d’eau magique,
Et Ivan se leva comme un léthargique
En pensant qu’il avait sombré dans le sommeil.
Le faucon, tout content, lui dit : « Le sang vermeil
Coulait de ta blessure, et moi je t’ai sauvé. »
Ivan, incrédule, croyait avoir rêvé.
Le faucon tua un moineau d’un coup d’aile
Et le ressuscita : « Merci de votre zèle,
Mon bon faucon ! sans vous je serais resté mort.
J’ai perdu mon cheval, je veux savoir son sort ;
Avez-vous pu le voir ? » « Il fuyait la Mort sombre,
Dans une ville dont les remparts sont en marbre 
Et les portes sont en cristal, tu le trouveras.
Suis mon vol, bon Ivan, et tu le sauveras. » 

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 18 avril 2017

Conte: Ivan (Partie II)

CONTE: IVAN (PARTIE II)


II. La nouvelle ruse de la belle-mère d’Ivan, et ce que ce dernier se vit obligé de faire

Par sa confidente, la belle-mère sut
Que c’était de son bon cheval qu’Ivan reçut
Tous les avertissements qui sauvèrent sa vie,
Et décida qu’elle lui serait ravie.
De l’empoisonner donc elle fit son devoir.
Le lendemain, conduit au fatal abreuvoir,
Il se regimbe, et le valet le maltraite.
Ivan arrive là-dessus et l’arrête,
Lui disant sévèrement qu’il n’a nullement besoin 
De ses services, et qu’il compte prendre soin
Lui-même de sa bête, et le rossera lui-même
S’il le revoit toucher son cheval qu’il aime.
Furieuse d’échouer toutes les fois ainsi,
La marâtre conta un bien curieux récit
A son époux, feignant d’être fort malade :
« Excusez-moi, mon beau ami, d’être maussade, 
Je suis très souffrante et j’ai vu des médecins ; 
Faire pleurer Ivan n’est point de mes desseins, 
Mais pour vaincre le mal dont je suis la proie
Il me faut un morceau de son cheval, au foie. »
« On le tuera alors, et je lui en achèterai 
Un autre, bien plus beau, que je lui offrirai. »
Ivan, avec douleur, apprend la nouvelle.
« Permettez tout d’abord, père, que je l’appelle
Pour le promener et lui donner à manger. »
« Volontiers ». « Je viens te sauver d’un grand danger,
Dit-il à son cheval, nous devons tout de suite,
Loin de cette maison, prendre, hélas, la fuite. »
Il vit la porte ouverte, et avant de partir
Il dit à son père : « Sans vouloir vous mentir,
Sachez que votre femme est vile et vous abuse,
Qu’elle n’est point malade et que c’est une ruse,
Qu’elle a voulu deux fois, père, m’empoisonner.
C’est pourquoi je la fuis. On ne peut raisonner
Une telle femme, vous-même prenez garde.
Adieu, mon bon père. Je pars, il me tarde
De quitter ce serpent sifflant dans la maison. » 
Et il part au galop sans entendre raison.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 17 avril 2017

Conte: Ivan (Partie I)

CONTE: ivan (PARTIE I)

I. Comment Ivan fut sauvé deux fois d’un trépas certain

Un prospère marchand russe avait jadis,
Un doux garçon du nom d’Ivan, son seul fils.
Quand sa femme chérie vint à être morte,
A une marâtre il fit ouvrir sa porte,
Qui haïssait Ivan, joyau de la maison,
Et voulait le tuer pour la seule raison
Qu’elle était jalouse de l’amour de son père.
Le marchand voyageait beaucoup ; la vipère
Décida de tuer son fils, le voyant partir.
Le petit, à chaque matin, devait sortir
Pour aller à l’école, et la noire Furie,
Remarqua qu’il allait, le soir, à l’écurie
Soigner son beau cheval, sombre comme la nuit,
Et qu’il appelait son Fidèle, ou son Viernui.  
Ce cheval n’était point un cheval ordinaire :
Comme les bêtes des contes imaginaires
Il parlait aussi bien qu’un homme très instruit.
Au lieu de saluer avec de joyeux bruits
Comme d’habitude, un soir, il baissait la tête
Et semblait très triste. « Qu’as-tu, ma brave bête ?
Lui demanda Ivan. « Inquiet de votre sort,
Je gémis car votre mère veut votre mort,
Répondit le cheval ; la perfide va mettre
Du poison dans votre vin. Gardez-vous d’être
La victime de cette femme sans pitié
Qui n’a pour vous qu’une mortelle inimitié. »
Ivan entre au logis. Sa cruelle belle-mère
Lui offre une coupe de vin ; la meurtrière
Feignait de sourire, mais Ivan, en tremblant,
Lui dit qu’il n’avait point soif. Elle fit semblant 
D’en être désolée, et fut si pressante
Et se montra si douce et si caressante,
Qu’Ivan lui fit croire qu’il buvait son poison
Alors qu’il le versait sur le profond gazon 
Du jardin, adossé contre la fenêtre.
Il vit l’herbe brûlée. C’est lui qui eût pu l’être !
La marâtre blêmit en le voyant vivant.
Il alla voir son bon cheval, le soir suivant,
Et il le remercia avec mille caresses.
Le cheval soupira, le cœur plein de tendresse,
Et dit à son maître : « Rien, hélas, n’a changé,
Et vous courez toujours un extrême danger.
Votre belle-mère, monstre que j’abhorre,
Veut vous empoisonner une fois encore :
Surtout ne mangez pas de son gâteau fatal. »  
Une deuxième fois remerciant son cheval,
Par la fenêtre Ivan, d’un geste rapide,
Jette le noir gâteau de sa mère homicide.
Un chien errant le mange, et aussitôt hurlant, 
Meurt dans de vifs tourments, par terre se roulant, 
Et la marâtre fut encore furieuse,
Ne comprenant rien à ces survies mystérieuses.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 16 avril 2017

Conte: Le Cheval enchanté (Partie VII)

CONTE: LE CHEVAL ENCHANTÉ (PARTIE VIi)



VII. Le sacre d’Ibrahim

Ibrahim, fatigué de tant d’aventures,
Arriva vers le soir, avec sa monture,
A une muraille de rocs, qui ressemblait 
A une grande ville, et il s’en consolait.
Entre ses rocs il vit une grande brèche ;
Son cheval y entra ainsi qu’une flèche,
Ibrahim aperçut, l’air inhospitalier,
Avec ses créneaux, ses tours et ses escaliers,
Une forteresse sans flambeaux et sans gardes.
Malgré son sombre aspect, las, il se hasarde
A s’endormir, et se réveille le lendemain.
Son cheval lui dit en hennissant le chemin
Des escaliers, et il le suit avec confiance.
Il les gravit, car il s’est fait une défense
De désobéir à son fidèle sauveur.
Enfin il arrive, fatigué et rêveur,
A ce qui ressemble à une vaste rotonde.
Sur une pierre bien polie et bien ronde
Il aperçoit une grande épée, et non loin
D’elle, un aigle en pierre qui semble avoir besoin
D’aide, et dont les yeux noirs sont emplis de tristesse.
Dans les fers, on eût dit une étrange altesse,
Avec sa couronne, dans ses serres tenant
Un globe et un sceptre. Que faire maintenant ?
Ibrahim tente de détacher la chaîne.
Ses tentatives sont vigoureuses et vaines,
Il prend alors l’épée, et d’un coup prodigieux
La brise. Tout soudain devient beau et radieux :
La ville s’anime d’une vie humaine,
Comme l’aigle, tout est libéré de ses chaînes,
Partout retentissent les acclamations
D’une reconnaissante et nombreuse nation
Qui se dirige vers la rotonde et salue
Son nouveau roi avec une joie absolue.
Les femmes, les enfants, les vieillards, les guerriers,
Tous bénissent Ibrahim et viennent le prier
D’aller à son palais. Sur sa contrée immense
Il sut régner avec justice et clémence,
Quitta sa paresse, aimé et honoré.
Quant à son bon cheval, son sauveur adoré
Que nul de ses sujets aujourd’hui n’oublie,
Il disparut quand sa mission fut accomplie.

[FIN DU CONTE: LE CHEVAL ENCHANTÉ]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène  

samedi 15 avril 2017

Conte: Le Cheval enchanté (Partie VI)

CONTE: LE CHEVAL ENCHANTÉ (PARTIE Vi)


VI. De quelle manière le magique cheval aida son maître à reconquérir sa liberté

Pleurant dans son cachot, plus à plaindre qu’avant,
Le jeune condamné, de ses vieux jours rêvant,
Revoit avec une sombre mélancolie
Ses funestes fautes et toutes ses folies.
Il avait sans doute mérité ce noir sort ;
Pourquoi avoir cherché à exhiber son or
Et à faire partout un dangereux tapage ?
Pourquoi cette vaste maison emplie de pages ?
Mais il songe surtout, amer et irrité,
Au cheval à qui il doit sa prospérité
Et qu’il a oublié souvent dans l’écurie.
« Ô mon doux bienfaiteur, aide-moi, je t’en prie !
Gémissait-il, dans la sombre nécessité
J’étais plongé dans ma rêveuse cécité,
Tous mes jours s’écoulaient dans la sombre insouciance
Et de la paresse j’ai fait une science ;
Dans l’opulence aussi ! et je t’ai négligé !
Pardonne, mon cheval, à ton maître affligé
Qui te chérit toujours, son peu de sagesse ! 
J’ai profité de tes généreuses largesses
Et je passais mon temps à rêver et dormir. »
Aussitôt qu’Ibrahim eut fini de gémir,
Il vit de la vapeur dans son cachot humide,
Et sans croire, d’abord, à ses yeux livides,
La tête de son bon cheval qu’il embrassa
Et avec de joyeux transports il caressa.
Il suivit ensuite sa bête magique 
Qui allait calmement, contente et tragique, 
Dans un ténébreux et lugubre corridor,
Amoureux embrassant la prison qui s’endort.
Ibrahim arriva enfin, las et blême,
Devant une grille de fer qui d’elle-même
S’ouvrit pour le laisser passer et son cheval.
Sur le dos puissant du prodigieux animal,
Ibrahim le laissa, sans tenir la bride
– un tel quadrupède n’a point besoin de guide –
L’emmener loin de la ville et de sa prison,
Bien heureux de revoir le limpide horizon.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène