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samedi 21 avril 2018

Conte: Étienne l'Habile (Partie I)

CONTE: Étienne l'habile (PARTIE I) 

I. Ce qu’il fallait faire pour épouser la princesse, et le départ d’Étienne l’Habile pour s’acquitter de la mission

Un roi avait une fille qui inspirait l’amour,
Douce comme la nuit, belle comme le jour.
Un dimanche, en allant prier à l’église,
Une punaise qui semblait d’elle éprise
Etait à son cou, et la princesse la prit,
Elle l’enferma dans un coffre et la nourrit,
La nourrissait chaque jour, de telle sorte
Qu’elle devint grande comme un chien et forte.
Gavée, elle mourut à la fin, cependant.
La princesse, triste à cause de l’accident,
Ecorcha la bête et donna sa peau épaisse
Au tanneur, qui n’en vit jamais de cette espèce,
Et qui la prépara afin d’en recouvrir
Le coffre que notre belle semblait chérir.
Le roi fit trompeter, cela fait, que sa fille
Epouserait, de haute ou de basse famille,
Le garçon qui saurait à quelle belle était
La peau qui recouvrait le coffre. On inventait,
Avec beaucoup de noms on faisait sa prose,
On devinait, mais sans jamais trouver la chose.
Trois ans se passèrent. Tout le monde voulait
Epouser la belle, et de l’énigme parlait.
Un garçon appelé Étienne l’Habile,
A ses voisins dit un jour : « J’irai à la ville,
J’irai au château du roi, et je trouverai
Le nom de l’animal. C’est moi qui épouserai
La fière princesse, et devant vous je jure
De deviner le nom de la créature. »
Les voisins d’Étienne se moquèrent de lui ;
Le matin il partit sous le soleil qui luit.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 20 avril 2018

Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie VII)

CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE VIi) 




VII. Les épreuves imposées par le roi, et comment le jeune homme gagna la main de la princesse

« Jeune homme, tu auras ma fille, dit le roi
Et à une dot de sept cents métairies droit
Quand tu me montreras un homme capable
De lamper comme un peu d’eau et comme un diable
Sept bordelaises de vin. » Sans être irrité,
Le jeune homme répond : « Si c’est la vérité,
Nous serons tous les deux contents. D’une falaise
Je suis prêt à sauter. Où sont vos bordelaises ? »
On les apporte. Alors le garçon va chercher
Celui qu’il a trouvé seul en train de mâcher
Son cep de vigne. Et le hère, sans qu’il n’en meure,
Lampe promptement son vin en moins d’une heure.
Le roi est stupéfait. « Jeune homme, il faut aller
Trouver un bonhomme qui puisse avaler
La viande de sept bœufs dans une heure. » « Il arrive !
Dit le garçon au roi, et tous les convives
Voient venir un homme chétif et nonchalant –
L’affamé qui rongeait un os de vache blanc –
Il dévore en moins d’une heure toute la viande,
Et même, après l’avoir mangée, en redemande.
« Roi, dit le jeune homme de patience s’armant,
Honorez maintenant votre premier serment. »
« Ma fille ne veut pas de toi, et elle baille
En entendant ton nom. » « Tu mens ! Faisons bataille. »
Le roi mande tous ses soldats, pour cet affront
Prêt à le châtier. Il va trouver le bûcheron
Et l’homme au soufflet grand comme une grande église.
Le bûcheron, avec sa hache et à la surprise
Du roi, massacre tous les combattants vaillants ;
L’homme au soufflet se tient face à ses assaillants
Et fait voler boulets de fer, balles, pierres.
Le roi, désespérant de gagner la guerre,
Crie : « arrête, arrête ! Ne soyons plus ennemis !
Tu auras ma fille et aussi, comme promis,
Sept cents métairies en dot ». Et le soir même
Le jeune homme épouse la princesse qu’il aime,
Et ils vivent longtemps, aussi riches qu’heureux,
Aidant tous les manants et tous les miséreux.

[FIN DU CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 19 avril 2018

Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie VI)

CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE Vi) 




VI. Les autres voyageurs, et le retour du jeune homme au château du roi

Les trois voyageurs voient un bûcheron qui porte
Sur son robuste dos, comme une chose morte,
La moitié d’une coupe entière de forêt.
Le jeune homme commande au navire l’arrêt.
« Que fais-tu donc, l’ami ? » « Ma marâtre me crie
Que je rapporte peu de bois, avec furie.
Elle me traite sans amour et sans pitié !
Alors j’ai décidé de charger la moitié
D’une forêt sur mon dos, bourreau de moi-même,
Pour qu’elle me laisse enfin tranquille ou m’aime. »
« Viens avec nous, l’ami, et tu seras content. »
Reprenant leur chemin sans attendre longtemps,
Les quatre compagnons continuent leur voyage
Et voient un homme souffler vers les nuages
Armé de son soufflet comme une église grand.
Le jeune arrête son beau navire errant.
« Que fais-tu, mon ami ? » « De quoi je me mêle ?
Pour chasser le mauvais temps ainsi que la grêle
Qui pourraient emporter nos récoltes, je viens
Souffler tous les matins et protéger les miens. »
« Viens avec moi l’ami. » « Mais j’ai fort à faire ! »
« C’est l’été, mon ami, et si tu le préfères
Tu pourras revenir chez toi à tout moment. »
L’homme monte avec eux, et bien rapidement
Ils arrivent au château du roi. « Voyez, sire,
Dit le jeune homme au roi, ce merveilleux navire
Qui marche sur terre ; je vous l’ai apporté.
Devant votre château il est en sûreté.
Maintenant honorez, roi, votre promesse :
Sept cents métairies et la main de la princesse. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 18 avril 2018

Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie V)

CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE V) 




V. Qui était en vérité le vieux mendiant, et ce qu’il demanda au jeune homme de faire

« Jeune homme, commande, dit le patriarche,
Ce Navire enchanté sera la deuxième arche
Et il t’obéira au doigt et à l’œil
Ainsi qu’un serviteur zélé et sans orgueil. »
Le jeune homme essaye : « Recule, navire ! »
Il recule. « Navire, avance ! » Un sourire
Aux lèvres, le navire avance. « Maintenant
Tourne ! » Et le navire tourne. Alors s’étonnant
De tous ces prodiges, le jeune demande
Au vieil homme : « Qui es-tu ? » « C’est moi qui commande
Tout ici-bas : la nuit et le soleil radieux.
Je suis, jeune homme au cœur généreux, le bon Dieu.
Ce navire est à toi et je te le donne. »
Le jeune homme se dit : « J’ai donc fait l’aumône
Au bon Dieu ! » et il se prosterne devant lui.
Dans son navire qui comme le soleil luit
Il monte, et le bon Dieu lui demande d’attendre
Et lui dit, tout au long de son chemin, de prendre
Ceux qu’il rencontrera. Le navire, en rêvant,
Part, aussi rapide que l’éclair et le vent,
Et marche sur terre comme dans un songe.
Le jeune homme aperçoit un homme qui ronge
Un cep de vigne, et qui semble affamé et las.
« Navire, arrête ! » « Mon ami, que fais-tu là ? »
« Je suis pauvre, et le vin est bien cher cette année ! 
Je ronge alors ce cep comme une âme damnée
Car il me rappelle le goût perdu du vin. »
« Viens avec moi, l’ami, ce ne sera point vain. »
Ils voient, cent lieues plus loin, un homme misérable
Qui ronge un os tout blanc, de vache, comme un diable.
« Que fais-tu, mon ami ? » « Hélas ! faute de mieux
Je ronge cet os, la viande est un bien précieux
Cette année, trop précieux. Cela me rappelle
Le goût de la viande, qui est tendre et belle. »
« Monte avec moi, l’ami ». Et les trois voyageurs
Continuent à errer, bien contents et songeurs.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 16 avril 2018

Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie IV)

CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE iv) 




IV. Comment le troisième fils de la veuve réussit à trouver le Navire marchant sur terre

Le dernier des trois fils dit : « Je veux partir, mère,
Chercher le navire qui marche sur terre. »
Et il part sans tarder dès l’aube du lendemain,
Avec son pain noir et son bâton à la main.
Il s’assied au bord de la même fontaine
Que ses frères, et voit l’apparition lointaine
D’un vieil homme qui vient lui dire : « Hélas, hélas !
J’ai bien faim, j’ai bien soif, je suis pauvre et très las !
Donne-moi à manger, jeune homme, je t’en prie,
Pour l’amour de Dieu et de la Vierge Marie. »
Le jeune homme sourit doucement : « Avec plaisir,
Même si tu n’auras pas vraiment à choisir !
Prends, pauvre homme, cette miche de pain, et mange. »
« Sois béni par Dieu, par ses saints et ses anges.
Non, toi, prends celle-ci. » Et le jeune homme sort
Une miche de pain qui reluit comme l’or
De sa besace, aussi tendre que la rosée,
Et comme par magie est métamorphosée.
« Où vas-tu, jeune homme ? » « Pour ne rien te cacher
D’un village lointain je viens ici chercher
Le Navire du roi, qui marche sur terre,
Et pour cette raison matin et soir j’erre. »
« Jeune homme, dors ici et ne t’inquiète point.
Ce Navire enchanté n’est pas de toi si loin.
Repose-toi, à ton réveil, noble jeune homme,
Tu seras bien content. » Il fait un petit somme
Et quand il se réveille il voit, tout ébloui,
Le Navire marchant sur terre devant lui,
Peint de toutes couleurs, avec d’énormes voiles
De soie rouge, des mâts d’argent, des étoiles
Au front, en bois radieux et aux cordages d’or.
Il se frotte les yeux et croit qu’il rêve et dort.

[A SUIVRE]

Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 15 avril 2018

Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie III)

CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE IiI) 



III. L’échec du cadet des trois fils de la veuve

Le cadet des trois fils dit : « Ma mère, demain
Je voudrais, à mon tour, aller par les chemins
Chercher le Navire qui marche sur terre. »
A la pointe de l’aube il part, et il erre
Son bâton à la main et, comme son aîné,
Le pain que sa pauvre mère lui a donné
Dans sa besace, prêt aux grandes aventures
Et à braver toutes sortes de créatures :
Monstres, ogres...allant comme va le destin.
Or pour déjeûner, à dix heures du matin,
Il s’assied au bord de la même fontaine
Qui a vu son frère aux paroles hautaines.
Un pauvre hère passe et lui dit : « Ah, j’ai faim !
Beau jeune homme, aide-moi, ou pour moi c’est la fin.
Donne-moi à manger. » « Je n’ai qu’une miche
De pain, et c’est pour moi. Va-t’en, vieux derviche ! »
Lui répond rudement le jeune homme furieux.
« Où vas-tu, jeune homme ? » « Bien loin de toi, le vieux !
Je poursuis mon nez et mon cul le pourchasse. »
« Ah, que tu es grossier ! » « Par ici je passe
Car je veux trouver des quenouilles. Maintenant
Va-t’en, ou mon bâton te rossera. » Et tenant
Son bâton, menace le vieux mendiant fragile.
« Eh bien, tu trouveras des quenouilles ». Agile
Et fort, le jeune homme se remet à marcher
Pour trouver le Navire il est venu chercher.
Comme son frère il est devant la métairie
Et vaincu par la faim, implore, prie et crie.
On le chasse et on lui jette en le raillant
Une quenouille. Et le jeune homme vaillant,
Mais rustre, après une courte vie de sauvage
Avec ses quenouilles revient au village
Et dit à sa mère : « Que la fille du roi
Cherche un autre mari ; ce ne sera pas moi. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 14 avril 2018

Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie II)

CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE II) 


II. Pourquoi le jeune homme échoua dans sa quête

Le jeune homme s’assit au bord d’une fontaine
Pour déjeûner. Une femme à peine humaine,
Courbée en deux par l’âge et par la pauvreté
Passa près de lui, et il la vit s’arrêter
Et dire : « Jeune homme, la faim me torture !
Aide-moi, aide une pauvre créature
Que l’âge fatigue et qu’opprime le destin. »
« Quant à moi, j’ai marché depuis le matin,
Répondit froidement le jeune homme. Ma vieille,
Nos deux conditions sont tout à fait pareilles,
Je n’ai qu’un peu de pain et, hélas, il est mien. 
Passe donc ton chemin, je ne te donnerai rien. »
« Où vas-tu, jeune homme ? » « Tu n’es jamais lasse ?
« Je suis mon nez, et mon cul le pourchasse. »
« Ah ! que tu es grossier ! Parle-moi honnêtement. »
« Tu es apparemment malade d’entêtement !
Sache que ce sont des aiguillons que je cherche. »
« C’est que tu trouveras. Va, je meurs, et toi marche. »
Le jeune homme, qui la regarde avec dédain,
Après avoir achevé sa michette de pain,
Continue à marcher. Quand le soleil se couche,
Terrassé par la faim, il s’arrête, farouche,
Au seuil d’une grande métairie. « Métayer !
S’écrie-t-il, pour l’amour de Dieu, sans t’effrayer,
Donne-moi à manger, mon ami, je t’en prie ! »
« Décampe, fainéant ! Va-t’en d’ici ! » Lui crie
Le métayer, qui lui lance son aiguillon.
Le jeune homme le prend et dans d’autres rayons
Et d’autres ombres cent jours entiers il marche
Et prend les aiguillons sans trouver ce qu’il cherche.
Las enfin de manger l’herbe et de boire l’eau,
Ainsi qu’un animal, des paisibles ruisseaux,
Le jeune homme retourne un matin chez sa mère,
Presque mort de fatigue et l’âme fort amère.
Sa mère lui demande : « Alors, as-tu trouvé
Le Navire du roi ? » Le pauvre réprouvé
Lui répond : « Non. J’ai cent aiguillons et rien d’autre.
Que la fille du roi trouve un différent maître. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 13 avril 2018

Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie I)

CONTE: le navire marchant sur terre (PARTIE I) 

I. Le fils aîné d’une pauvre veuve voulant s’acquitter de sa royale mission

Il était une fois un roi très malheureux
Bien qu’il fût très riche, fort puissant et bien preux.
Sa fille avait un bon cœur et un bon visage
Et comme les saintes était douce et sage.
Le roi pensait, nuit et jour, du matin au soir,
Y repensant comme au plus sacré des devoirs :
« Il me faut un navire marchant sur terre. »
Nul ne pouvait toutefois le satisfaire,
Et c’était la source de son sombre tourment,
Oubliant son dessein, de nouveau le formant,
A l’aurore constant et le soir volage.
Dans toutes les villes et dans tous les villages
Il fit tambouriner : « Ran plan plan, ran plan plan !
Oyez, oyez ! Le roi de ce pays voulant
Un navire marchant sur terre, s’engage
A donner sa fille la princesse en mariage
Et sept cents métairies en dot, à l’homme heureux
Qui le lui offrira. » Or quatre miséreux,
Trois fils ainsi qu’une pauvre vieille veuve,
Vivaient en ce temps-là. « Grâce à cette épreuve,
Dit l’aîné des trois fils, la misère et la faim
Et le supplice qu’est notre vie prendront fin.
Je vais partir chercher partout où le pas erre
Le navire du roi qui marche sur terre. »
La veuve donne à son fils sa bénédiction,
Ce dernier, pour remplir la royale mission,
Part à la pointe de l’aube, l’âme point lasse,
Un bâton à la main et dans sa besace
Une miche de pain comme la nuit noir,
Et pour sa famille veut faire son devoir.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène