samedi 25 février 2017

Pan et Syrinx

pan et syrinx

Michel Dorigny, Pan et Syrinx (1657)

Dans les bois incommensurables,
Pan, tout embrasé de désir,
Chasse sa proie vénérable
Qu’il veut caresser à loisir.

Le satyre court derrière elle
Comme un vent soudain et brutal,
Et jure à cette beauté frêle
Son amour sous son ciel natal,

Les arbres ainsi que les sources,
Devenus tout à coup humains,
Pour interrompre sa course
Et lui obstruer le chemin

Déchirent sa douce robe
Avec leurs ongles acérés 
Et la beauté qui se dérobe
Enflamme l’amant sidéré

Par le charme de cet astre
Qui même s’il court et s’enfuit
Comme d’un alarmant désastre
Loin d’un sauvage amour, reluit !

La proie fuit, le chasseur chasse,
La forêt contemple et attend,
Et la nymphe adorée et lasse
Maudit le satyre content.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 24 février 2017

Hylas et les Nymphes

hylas et les nymphes

Francesco Furini, Hylas entraîné par les Nymphes (v. 1630)

Environné de flots et de nymphes lascives 
Qui veulent l’emporter dans leur abîme amer,
Hylas gémit comme les beautés chétives,
Ravi à ses amis par l’ombre et par la mer.

Polyphème est inquiet, et les Argonautes,
Ne voyant point revenir le frêle aventurier,
Se demandent si ce n’est pas de leur faute
Et si ce jeune homme deviendra un guerrier ;

Héraclès, dont Hylas était l’éromène, 
Cherche quelque chose dans l’ombre à massacrer,
Un monstre, l’Hydre grecque ou les Furies romaines,
Embrasé lentement par son courroux sacré.

Les nymphes murmurent des choses charmantes
À leur captif tremblant et accablé de fers,
Belles divinités nues et alarmantes
Et dont les yeux sournois sont de radieux enfers !

La mer, sombre au milieu de toutes ces aurores,
Ténébreux et profond abîme qui sourit,
Encercle l’éphèbe qu’elle mange et dévore
Et comme ses filles de lui se nourrit.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 23 février 2017

La Tour de Babel

la tour de babel

Gustave Doré, La confusion des langues ou La Tour de Babel (1866)

Nus comme les louves d’un vaste lupanar,
De puissants ouvriers, au désert de Shinar,
Jusqu’au firmament bleu voient leur tour qui s’élève
Et grandit lentement comme un enfant qui rêve,
Bercée avec ardeur par leurs chants vigoureux.
De leur œuvre inutile ils sont plus amoureux
Qu’un amant dans les bois seul de son amante,
Et contemplent cette construction charmante
Faite de pierres, qui semble faite de chair,
Et dont le grand sommet triomphant perce l’air,
Flèche qui est du sang des nuages rougie !
Elle éteint le soleil vain comme une bougie,
Que cache à l’univers ce funeste géant !

Les sombres bâtisseurs de cet obscur néant,
Frappés de confusion, ne pouvant s’entendre, 
Continuent, cependant, tous à y descendre,
Et bien qu’ils soient parents d’un seul pays venus,
Parlent des dialectes de leurs fils inconnus
Et ont tous oublié leur langue natale ;
Ils poursuivent, aveugles, leur œuvre fatale ! 
« Herkommen ! Taala ! Come ! Viens !... » Nul ne comprend
Ce que dit son voisin tout à coup différent ;
Courroucés, endiablés, ils bâtissent encore
Pour ravir au grand ciel son épouse, l’Aurore.  


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 22 février 2017

Le saltimbanque blessé

Le saltimbanque blessé

Gustave Doré, Les Saltimbanques (1874) 

Deux saltimbanques, comiques et sombres,
Aux visages bariolés de couleurs,
Contemplent, emplis d’effroi et de douleur,
Leur enfant blessé qui pleure dans l’ombre. 

Quand l’enfant tomba, on rit dans la foire
Et on applaudit l’intrépide tour,
Et les deux bouffons, malgré leur amour,
Feignirent de rire pour les pourboires,

Car cette famille qui soupire
Collection de pitres déshérités,
Est pauvre et condamnée, en vérité, 
Au lieu de pleurer, à faire rire !

Leur rire, c’est l’ironie de l’abîme
Comme une sombre porte ouvert sous eux,
De la foule qui crie : « Hé, les bouseux ! »
L’Ecce homo de ces grotesques sublimes !

Ils font rire et ils errent ; c’est leur vie.
De leurs masques pesants appesantis,
Ils pleurent maintenant avec leur petit
Et la joie par le sort leur est ravie ;

Leurs chiens, avec leurs costumes de scène,
Gémissent et ne sont pas récompensés,
Et leur hibou muet semble penser 
A l’éternelle misère humaine. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 21 février 2017

L'Enlèvement d'Hélène

L'enlèvement d'hélène

Guido Reni, L’Enlèvement d’Hélène (1631)

Les jeunes Amours volant autour d’eux,
Hélène et Pâris sourient tous les deux
Et ils contemplent la mer limpide,
Bercés par les chants des vents rapides
Et par les hymnes des oiseaux trompeurs,
Au rivage allant doucement et sans peur.
Quelques valets et quelques servantes 
Les suivent, eux aussi sans épouvante,
Oubliant qu’Hélène a quitté son lit
Et que leurs maîtres commettent un délit,
Que cette femme qu’adore la Grèce
Et qui pousse le sable avec paresse
Est l’épouse, par un commun serment,
D’une foule de héros alarmants
Qui jurèrent à Ménélas de défendre
Sa femme et son sceptre, et de mettre en cendres
Les royaumes de ses vils ravisseurs.

Les frêles bêtes jouent avec douceur,
Le soleil reluit, la mer est propice, 
On va à Troie sous les meilleurs auspices,
Des nids d’amour sans doute le plus sûr,
Troie qui tombera comme un fruit trop mûr,
Frappée par les épées et les tempêtes
Des Grecs et des dieux que rien n’arrête.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 20 février 2017

Le châtiment de Laomédon

LE châtiment de laomédon

Pierre Dulin, Laomédon puni par Neptune et par Apollon (1707)

L’insolent Laomédon, le roi de Troade
Qui fit de Neptune et d’Apollon ses valets,
Voit toute sa cité sombrer à la noyade
Et comme ses cheveux voit tomber son palais.

Apollon courroucé a envoyé la Peste
Ravager la ville pleine d’exhalaisons
Comme une coupe qu’on emplit d’un vin funeste
Qui fait perdre la vie ainsi que la raison ;

Neptune a envoyé un monstre et les ondes,
Le monstre assaille les hommes, les flots les murs,
Et ils sont la même gueule ouverte qui gronde
Et promet à tout ce qui vit un trépas sûr !

On trouve Céto quand on fuit la Pestilence,
Et quand on la fuit on trouve la sombre Mer
Qui obéit à son maître avec violence,
Pour châtier les Troyens libérée de ses fers !

Et c’est Laomédon, avare et superbe,
Le bâtisseur de Troie, qui est son destructeur !
Le courroux l’arrache comme on arrache une herbe
Et cueille ses âmes comme on cueille des fleurs,

Tout est empli d’ombres, et le Jour qui rayonne
Se cache dans les cieux en tremblant des grands flots,
On entend une voix : « Tue ta fille Hésione ! »
Au milieu du concert des cris et des sanglots.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 19 février 2017

Les Mendiants

les mendiants

Sébastien Bourdon, Les Mendiants (1616)

Près des ruines comme eux décrépites,
Une mère tenant sa petite,
Un père, des enfants et un vieillard,
Que couvre la poussière, ce brouillard,
Pauvres choses qu’on insulte et qu’on rosse,
Tendent leurs mains devant les carrosses,
Tremblantes comme leurs cœurs humiliés. 
Frêles comme des souvenirs oubliés,
Ils errent tout le jour, sombre famille
De hères portant les mêmes guenilles 
Et aux pieds les mêmes souliers usés ;
Obscurs manants par le ciel abusés, 
Sombres prophètes de la Misère,
Leurs vieux couvre-chefs sont leurs rosaires,
Leurs Jésus sont les miséricordieux,
Ils ne savent pas prier le bon Dieu,
N’étant jamais allés à l’école,
Tout ce qu’ils veulent, c’est une obole 
Pour ne point mourir de soif et de faim.
« Aujourd’hui, c’est peut-être la fin »,
Se disent-ils avec espérance,
Car la mort est une délivrance
Pour ces êtres affreux et sans sommeil
Chassés par le vent et par le soleil
Devenus mauvais comme les hommes,
Las du monde où ils sont et où nous sommes.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 18 février 2017

Tancrède et Herminie

tancrède et herminie

Nicolas Poussin, Tancrède et Herminie (1628-1629)

Le généreux Vafrin et la douce Herminie 
Sur Tancrède blessé sont penchés tous les deux
Et contemplent son corps balafré et hideux
Qui leur semble une mer sanglante et infinie ;

Il a vaincu Argant, son ennemi redoutable,
Bien qu’on ne sache s’il est vaincu ou vainqueur,
Blessé comme Achille au talent, mais non au cœur, 
Consolant doucement son amante inconsolable.

Avant l’affreux combat, il a dit à l’armée :
« Ne frappez pas ! Argant m’appartient ! » Le duel
Fut long et fut terrible, et le fer fut cruel
Pour ces âmes terribles et de sang affamées ;

Leurs boucliers cassés et leurs épées brisées,
Ils luttèrent âprement en s’armant de leurs corps,
Se donnèrent des coups de poing, crièrent encor,
Et combattirent avec des ardeurs embrasées !

Les larmes d’Herminie soudain ranimèrent 
Ce héros expirant qui sourit doucement,
Elle lui fit de son voile blanc un pansement 
Et de ses longs cheveux, et contemple, amère,

En maudissant avec fureur la lumière,
Son amant Tancrède, faible comme un enfant,
Qui gémit, terrassé bien qu’il soit triomphant,
Fatigué du combat aux affres meurtrières.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène